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President du syndicat de la communication

Socialiste aujourd'hui

125ème anniversaire de l'USS: quel avenir pour nos syndicats


Les utopies sont le privilège de la jeunesse. Et nos utopies sont celles des générations précédentes : justice sociale, égalité entre les genres, solidarité. Comme nos prédécesseurs, nous nous battons pour faire entrer les droits de l’homme dans les usines ou sur les chantiers. Comme nos prédécesseurs, nous luttons pour la dignité des salariés.

Nos combats se nourrissent de 125 ans d’histoire. Ils sont menés dans le cadre des syndicats actuels, héritiers de luttes homériques, de la grève générale de 1918 ou de celles des typographes genevois, mais héritiers aussi de 50 ans de paix du travail et d’avancées sociales déterminantes durant les trente glorieuses.

Mais que sont-ils ces syndicats : des institutions, stables et durables, comme le laisse penser le jubilé de ce jour ou des mouvements sociaux comme l’appelle de ses vœux Vania Alleva ? En fait, nos organisations oscillent sans cesse entre ces deux pôles, et continueront probablement à la faire.

Pour les jeunes, le syndicat de demain doit exister aujourd’hui. Patrizia Mordini a raison d’être impatiente. Nous sommes entrés il y a une vingtaine d’année dans une phase réactionnaire, néolibérale et brutale de la globalisation. Sous pression des évolutions technologiques et économiques, les cycles historiques sont plus courts aujourd’hui qu’hier. En un mot, le monde va plus vite. Et notre société est devenue plus dure.

Les syndicats ont beaucoup évolué ces dernières années, certaines blessures sont du reste encore ouvertes. Ils sont sortis – avec quelque retard peut-être – d’une période d’immobilisme qui aurait pu leur être fatale. Mais cette phase d’adaptation n’est pas terminée.

La poursuite de la globalisation et le durcissement de la concurrence internationale mettront à mal le partenariat social traditionnel, du côté patronal comme du côté syndical. Le monde économique deviendra plus mouvant, nous ne sortirons plus de l’aire des acteurs globaux. Dans un monde où le directeur de General Electric Jeffrey Immelt, considère publiquement que l’usine idéale doit être construite sur une barge, susceptible d’être déplacée au gré de l’évolution des coûts de production, les syndicats doivent donner de la voix.

1. Chers et chères collègues, nous devons être de cette mondialisation, nous donner les moyens d’agir dans un monde économique recomposé. La simple critique de la globalisation ne nous permettra pas d’atteindre nos objectifs de justice, d’égalité et de solidarité. Les instruments actuels de participation syndicale pèsent peu face aux décisions d’entreprises globalisées entre Pékin, Buenos Aires, Los Angeles et Berne. Nos actions devront à l’avenir être plus encore qu’aujourd’hui coordonnées avec nos partenaires européens, et les syndicats suisses devront peser plus dans leurs fédérations internationales.

2. Cette brutalité nouvelle impose un approfondissement de notre réflexion sur la portée de la paix du travail. Il s’agit d’abord de la désacraliser. Il ne s’agit pas d’une construction mythique, mais plus simplement, comme l’a exposé Paul Rechsteiner, d’un accord conventionnel. Comme tel, et là où il existe, il convient évidemment de la respecter. Mais de retenir aussi ses limites. Il s’agit d’abord d’un accord de portée essentiellement national dans une économie globalisée. Ensuite, la paix du travail relève d’une logique de beau temps, alors que nous entrons de plein pied dans la phase néolibérale du capital. Lorsqu’une entreprise délocalise, supprime des milliers d’emploi alors même qu’elle réalise des gains financiers parfois astronomiques, lorsqu’une entreprise attaque directement et frontalement les droits syndicaux en licenciant ses ouvriers les plus critiques, la paix du travail doit céder le pas.

3. Enfin, sur le plan interne, nos organisations doivent poursuivre leurs efforts pour devenir plus flexibles dans leur organisation, plus rapides dans leur réaction, plus larges dans leur assise culturelle et sociale. Nous devons inventer– mais c’est plus vite dit que réalisé – un langage qui nous permette d’aborder les salariés des nouvelles branches, de l’informatique, des télécommunications, des sciences de la vie ou de la communication. Ces salariés qui ne sont ni tout à fait des cols bleus, ni vraiment des cols blancs constituent avec ceux de la santé, de l’éducation et du social le vrai défi auxquels nous seront confrontés en terme de recrutement.

Lors du prochain congrès jubilaire, chers et chères collègues, j’espère que nos successeurs pourront critiquer nos positions, tirer les leçons de nos errements, corriger nos erreurs. Mais j’espère aussi qu’ils pourront constater que le mouvement syndical a reconnu l’évolution sociale et économique, qu’il a su réagir pour adapter ses méthodes à cette nouvelle donne. En un mot qu’il a osé se remettre en question. J’espère surtout - et c’est mon espoir le plus cher - que nous aurons été dignes des ambitions que nous portons depuis 125 ans.
Christian Levrat
Vice-président de l’USS
Président du Syndicat de la Communication

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