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President du syndicat de la communication

Socialiste aujourd'hui

C’est l’ultralibéralisme qui crée le dumping salarial. Le OUI à la libre circulation permet de l’empêcher

En tant que vice-président de l’Union syndicale suisse, Christian Levrat a présenté les raisons du OUI syndical à l’extension de la libre circulation lors de la conférence de presse organisée le 11 août 2005 par toutes les forces de gauche.

Les salarié-e-s ont peur du dumping salarial. Mais la peur est mauvaise conseillère. Un non le 25 septembre ne protègera pas ceux qui craignent d’être victime d’un monde économique toujours plus dur. Bien plus, il risque de coûter des milliers d’emplois et de laisser les coudées franches aux néolibéraux de tout poil. Un non ajoutera l’incertitude à la précarité. Un OUI, au contraire, donnerait aux syndicats et aux autorités d’importants moyens supplémentaires pour sauvegarder les salaires.

Pourtant ne nous y trompons pas. Les salarié-e-s ont de bonnes raisons de craindre pour leur emploi. Depuis plusieurs années déjà, ils sont les jouets de pressions toujours plus fortes. Mais ce n’est pas la libre circulation des personnes qui plombe nos salaires : c’est le renforcement de la concurrence intérieure, les exigences toujours plus importantes posées en terme de rentabilité, la libéralisation de secteurs protégés jusqu’alors, la volonté d’une partie du patronat de maximiser les revenus du capital, l’avidité de certains managers, la répartition grossièrement inégale des gains de productivité réalisés au cours des quinze dernières années. L’ouverture contrôlée de notre marché du travail aux ressortissants de l’Europe des quinze n’est venue influencer que marginalement ce phénomène, et il en ira de même de l’extension de la libre circulation aux dix nouveaux Etats membres de l’UE.

Des salaires suisses pour tous les travailleurs en Suisse
Bien sûr, un risque existe. Personne ne peut exclure à priori que des travailleurs étrangers acceptent des conditions salariales inférieures aux nôtres. Personne ne peut exclure que certains gangsters de l’économie y voient un moyen de réduire leurs charges salariales et d’être ainsi plus concurrentiel. C’est parce que ce risque est réel que les syndicats ont négocié durement les nouvelles mesures d’accompagnement. Le principe est inflexible : toute personne travaillant en Suisse doit recevoir un salaire suisse. En imposant au Parlement de nouvelles mesures d’accompagnement substantielles, les syndicats et toute la gauche ont obtenu les moyens de faire respecter ce principe : l’extension de la libre circulation ne fournira pas l’occasion de baisser le niveau des salaires dans notre pays.

Durcissement des sanctions en cas d’infraction, extension simplifiée des conventions collectives de travail, mesures contres les faux indépendants, forme écrite obligatoire du contrat de travail, engagement par les cantons de 150 inspectrices et inspecteurs du travail supplémentaires : les nouvelles mesures d’accompagnements renforcent de manière déterminante la protection des travailleurs, de tous les travailleurs : non seulement des Suisses et résidants de longue date, mais aussi des travailleurs en provenance de l’UE.

Avec ces nouvelles mesures d’accompagnement, la gauche a gagné la première manche. Il s’agit désormais de transformer l’essai. Car le soutien résolu des syndicats à l’extension de la libre circulation ne constitue pas un blanc seing. Et il n’annonce surtout pas un relâchement de leur vigilance et de leur fermeté.

Aux autorités : des garde-fous contre les moutons noirs
Ce soutien, nous l’accompagnons tout d’abord d’un appel ferme aux autorités : elles doivent mettre immédiatement en œuvre les mesures décidées, en particulier l’engagement des 150 inspecteurs supplémentaires chargés de contrôler les salaires et les conditions de travail. Il leur revient de renforcer la surveillance du marché du travail et d’appliquer de façon implacable les sanctions prévues. Ce sont là les meilleurs garde-fous que les cantons et la Confédération doivent dresser contre ceux qui seraient tentés de contourner les règles du jeu.

Aux employeurs : la prospérité économique revient aussi aux travailleurs
Notre deuxième appel s’adresse aux employeurs : les perspectives de développement économique qu’ils attendent du renforcement de notre collaboration avec l’UE doivent également profiter aux employé-e-s. Un renforcement du partenariat conventionnel serait un signe tangible qu’ils assument leurs responsabilités sociales. De manière plus immédiate, leur attitude lors des prochaines négociations salariales constituera leur premier examen de passage.

Aux salarié-e-s : soyez unis, pour être plus forts
Enfin, notre troisième appel s’adresse à toutes et tous les salarié-e-s de ce pays : les nouvelles mesures d’accompagnement permettent aux syndicats de les défendre de manière encore plus efficace. Mais, plus fondamentalement, c’est la volonté de tous les salarié-e-s de se fédérer qui est la meilleure garantie de succès dans notre combat incessant pour de meilleures conditions salariales et de travail. Plus les syndiqués sont nombreux, plus les syndicats sont forts et armés pour concrétiser les revendications légitimes des salarié-e-s. Par le biais de syndicats forts, les salarié-e-s eux-mêmes deviennent les partenaires incontournables des employeurs et les acteurs principaux de la construction d’un environnement économique plus social et plus juste.

Piège grossier de la droite nationaliste
Contre la libre circulation, la droite populiste et nationaliste agite des épouvantails. Alors qu’elle se bat à longueur d’année pour démanteler l’Etat social et instaurer dans notre pays le libéralisme le plus dévastateur, elle se drape soudain dans la toge de l’avocat des travailleurs. Mais que les travailleurs ne se laissent pas leurrer par ce piège grossier: cette toge sort tout droit du théâtre de Grand-Guignol. Car si cette droite-là tente de faire peur aux travailleurs, c’est pour mieux les manipuler.

Votez OUI le 25 septembre, dans l’intérêt des salarié-e-s!
Le 25 septembre, la raison doit l’emporter sur la peur : c’est en votant OUI à la libre circulation que les salarié-e-s pourront renforcer leur position et entrevoir les futures améliorations de leurs conditions de travail.
Christian Levrat
Vice-président de l’Union syndicale suisse
Président central du Syndicat de la Communication
Conseiller national


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