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President du syndicat de la communication

Socialiste aujourd'hui

La lutte des classes est aujourd’hui menée du haut vers le bas

Chères et chers collègues, chères et chers camarades, chères et chers ami-e-s,

La lutte des classes n’est pas morte. Certains bourgeois ont cru lors de la chute du mur de Berlin à la fin de l’histoire. Ils manquaient d’imagination, d’ambition. La lutte des classes a changé de visage, simplement. Elle est aujourd’hui menée du haut vers le bas. Et ceux qui la mènent avancent masqués, récitant du haut des tours d’ivoire de l’économie la doucereuse litanie du dogme ultralibéral. Oui, aujourd’hui, la lutte des classes est le fait de managers surpayés. D’une droite politique qui n’a plus de vision à proposer, et dont la seule ambition est au mieux d’administrer les deniers publics, au pire de saper notre avenir collectif et de promouvoir un individualisme vorace et destructeur.

Nouvel Ancien Régime
En ce début de 3e millénaire aux allures de Nouvel Ancien Régime, la lutte des classes, c’est le combat de ceux qui ont tout, contre ceux qui n’ont rien. Ou si peu. C’est le combat de ces bureaucrates de l’économie qui, non contents de réclamer le retour des privilèges, s’arrogent en plus le droit de se distribuer des indulgences.

Sous l’Ancien Régime, la noblesse accaparait le produit du travail de ses sujets paysans et artisans, elle enrôlait le peuple de force pour mener des guerres qui ne le concernait pas, elle sacrifiait des générations entières dans des conflits menés pour la domination de tel ou tel territoire, sans aucune considération pour les populations. Dans le Nouvel Ancien Régime que nous connaissons aujourd’hui, les duchés et baronnies ont pour nom Nestlé, Novartis, UBS ou Crédit Suisse, et les managers ou CEO font exactement ce que faisaient leurs ancêtres ducs ou barons : ils se servent indûment dans la caisse, ils pillent les richesses de ceux qui travaillent, de ceux qui créent, de ceux qui donnent leur intelligence ou leur force. Mais « donner » n’est pas dans le vocabulaire de ces nouveaux aristocrates: leur seul objectif est de prendre, de prendre beaucoup, de prendre toujours plus, suivant une indécente stratégie de conquête.

Indulgences sous forme de parachutes dorés lorsqu’ils ont mené le navire à sa perte, connivence lorsqu’il s’agit de truster de nouveaux sièges, de nouveaux pouvoirs, de nouvelles prébendes. Connivence, magouillage, tout est bon, comme l’a encore démontré l’accession de Peter Brabeck au double poste de CEO et de président du Conseil d’administration de Nestlé. Adoubé par son prédécesseur Rainer Gut, le seul Peter Brabeck a désormais les pleins pouvoirs sur une entreprise qui compte 250000 employés à travers le monde. Mais se soucie-t-il de ces 250000 employés ? Dans une économie internationale littéralement vampirisée par cette nouvelle caste d’accapareurs, un trust personnel tel que celui de M. Brabeck s’apparente en fait à un véritable coup d’Etat par confiscation et mise sous tutelle des instruments de démocratie économique.

Cette réalité est si patente, si évidente, qu’elle entraîne aujourd’hui de violentes critiques de la part de ceux-là même qui prônent une logique néolibérale. A l’image de Dirk Schütz, rédacteur en chef du très libéral hebdomadaire CASH. Le titre de son dernier livre se passe de commentaire : « Gierige Chefs : Warum kein Manager zwangzig Millionen wert ist ». Il est en définitive assez touchant de voir ces porte-voix du néolibéralisme soudain choqués par les effets du régime qu’ils ont contribué à mettre en place. Et il est plus encore ironique de constater que la révolte gronde chez ceux-là même qui tenaient avant eux les rênes de l’économie : les actionnaires, les capitalistes à l’ancienne mode.

Quant à la majorité politique actuelle, assez prompte à avoir une guerre de retard, son comportement oscille entre la complicité pure et simple et l’apathie propre à ceux qui n’ont plus la force morale de défendre l’intérêt général.

Cette droite politique pourrait elle aussi susciter sarcasmes et sourires en coin, si sa passivité et sa résignation n’avaient pas des conséquences aussi tragiques pour les travailleurs, pour les salariés, pour les retraités ! Car, à l’extérieur des murailles qui protègent les îlots de prospérité des nouveaux aristocrates de l’économie, les conditions de vie des masses populaires se dégradent aussi inexorablement que s’élèvent celles des nantis.

Non au dumping salarial
Les classes moyennes et modestes s’appauvrissent. De la côte dorée zurichoise et des bureaux feutrés des managers pleuvent les attaques en règle contre les salaires des travailleurs. Dans le domaine des chemins de fer, l’administration ferroviaire considère qu’il est parfaitement admissible de réduire de 30% les salaires des chauffeurs de locomotive. Les barons de la construction entendent remettre en cause les salaires minimaux et déréglementer les horaires de travail. Ils n’hésitent pas à jeter aux orties les acquis de décennies de partenariat social. Dans l’industrie des machines, l’ASM s’apprête de même à mettre à rude épreuve les nerfs de nos collègues d’UNIA.

La violence de ces attaques laisse penser que le patronat ne veut pas voir les conséquences qu’elles auraient sur la vie de milliers d’hommes et de femmes. Qu’il n’entend pas la colère qui monte des chantiers, des usines, des ateliers, des centres d’entretien des CFF et des centres de tri de la Poste suisse. Qu’il n’a pas compris la révolte des gens honnêtes contre les profiteurs de l’économie mondialisée. Et qu’il n’écoute pas les peurs de notre population face à la libre circulation des personnes.

Oui à la libre circulation
Mais ne nous y trompons pas : ce n’est pas la libre circulation des personnes qui produit le dumping salarial. Ce sont ces patrons qui n’ont pas le moindre scrupule à profiter de la libre circulation pour briser la paix économique. C’est contre eux que doit se diriger notre détermination. La gauche et les travailleurs ont toujours été favorables à la libre circulation des personnes, parce que la libre circulation porte en elle l’aspiration des peuples à la liberté, à la solidarité, à l’échange. La gauche et les syndicats sont favorables à l’extension à l’Est de l’accord sur la libre circulation, parce qu’il nous offre la possibilité d’améliorer enfin notre droit du travail. La gauche et les syndicats voteront oui en septembre prochain parce que pour la première fois, grâce à ces accords, nous connaîtrons en Suisse des salaires minimaux étatiques.

Nos adversaires ne doivent nourrir aucune illusion. Nous nous battrons avec d’autant plus d’acharnement contre tout abus, contre toute tentative d’exploitation. Les syndicats ont une responsabilité immense dans le débat sur la libre circulation. Nous devons assumer cette responsabilité, dire clairement les motifs du oui. Dire aussi ce que signifierait un non. Dire que ce serait d’abord le non des patrons qui remettent en cause les conventions collectives de travail. Ces patrons disent non parce qu’ils ne veulent pas entendre parler de mesures d’accompagnement qui protège un peu mieux les travailleurs, qu’ils viennent d’ici ou d’ailleurs. Ce serait donc un non à la protection des travailleurs. Ce serait aussi celui de la droite dure, qui suit une pure logique d’isolement, une logique de récession économique, une logique qui entraînerait le sacrifice de milliers d’emplois sur l’autel d’une idéologie rétrograde.

C’est bien cette double logique que suit une Rita Fuhrer à Zurich : pour l’isolement de la Suisse, fût-ce au prix de l’effondrement du marché de l’emploi et de l’appauvrissement du pays, et contre toute mesure d’accompagnement en faveur des travailleurs. Et le meilleur moyen que Mme Fuhrer a trouvé pour faire gagner le non, c’est de ne pas appliquer les actuelles mesures de contrôle, qui visent justement à protéger les travailleurs. Cette stratégie n’est pas digne d’une Conseillère d’Etat, elle s’apparente bien plus à de la piraterie de bas étage.

Notre responsabilité, c’est de garantir la mise en œuvre des mesures d’accompagnement. C’est d’être clairs, cinglants même, face au laxisme de certains cantons. C’est de dénoncer sans relâche la passivité scandaleuse de Rita Fuhrer à Zürich. C’est de rappeler aux serviteurs locaux des nouvelles baronnies bancaires et multinationales que le département de l’économie publique du canton de Zürich n’a pas pour objectif de protéger quelques profiteurs, mais bien de servir le peuple.

Pour des retraites flexibles
La droite économique ne se contente pas de protéger les abuseurs, de favoriser le dumping salarial et de mettre en danger la libre circulation des personnes. Indifférente à la volonté du peuple si clairement exprimée le 16 mai dernier, la majorité politique de ce pays s’en prend de nouveau à l’AVS, cette assurance sociale, solidaire et nécessaire entre toutes. Elévation de l’âge de la retraite des femmes, suppression des rentes pour les veuves sans enfant, ralentissement de l’adaptation des rentes au renchérissement : une nouvelle fois, le ministre Couchepin veut faire des économies sur le dos des retraités, en tentant de faire passer la pilule avec une pseudo-rente-pont qui n’a d’autre but que d’éloigner le plus loin possible la perspective d’une véritable retraite à la carte.

Or, nous savons tous ce dont ont besoin les travailleurs et les retraités. Les travailleurs, et tout particulièrement ceux qui exercent les métiers les plus usants, ont besoin de pouvoir prendre leur retraite dès 62 ans lorsque leur santé ne leur permet plus de travailler ou lorsque l’économie les rejette. Les retraités, et tout particulièrement ceux qui ont besoin de l’AVS pour vivre, ont besoin de rentes revalorisées pour améliorer leur vie quotidienne. Ces revendications, ces exigences de la réalité, ce sont celles des syndicats, ce sont celle de la gauche, et ce devraient être celles de l’ensemble du monde politique si celui-ci était vraiment attaché à améliorer le bien-être de toutes et tous.

Pour que la Suisse reste un pays où la solidarité entre tous assure de bonnes conditions de vie à chacune et chacun, nous devons donc résister avec force contre le démantèlement des assurances sociales. Le système actuel est encore empreint d’injustice. Car ceux qui commencent à travailler le plus tôt dans l’existence, qui exercent les métiers les plus durs et qui gagnent le moins, ce sont aussi ceux qui travaillent le plus longtemps et toucheront les rentes les plus faibles. Et, hélas, ce sont également ceux qui bénéficient de l’espérance de vie la plus courte. L’occasion nous est offerte de corriger cette choquante inégalité. Bientôt, nous devrons nous mobiliser en faveur de l’initiative que va lancer l’Union syndicale suisse en faveur d’une véritable retraite à la carte dès 62 ans. Puis notre combat se portera en faveur de l’augmentation des rentes, afin que l’AVS couvre réellement les besoins vitaux des personnes âgées les plus modestes.

Service public : garant de l’égalité des chances
Non contente de perpétuer un système inégalitaire, et de protéger les nouveaux barons de l’économie, la droite entend par tous les moyens affaiblir l’Etat, limer ses prestations, l’abaisser au seul rôle de garant de la sécurité publique. Le canton de Zürich multiplie les baisses d’impôts, offrent des dizaines de milliers de francs de rabais d’impôts aux plus riches de ses concitoyens. En 7 ans, 8 % de rabais ont été octroyé, soit 40 francs de rabais pour toutes celles et ceux qui tentent de s’en sortir avec 50′000 francs par an, 287 francs à ceux qui doivent vivre et faire vivre leurs familles avec 100′000 francs par année, mais 40′000 francs à ceux qui déclarent 5 millions de revenus annuels. Les baisses d’impôts décidées à Zürich permettent annuellement aux plus riches d’acheter une nouvelle voiture. Pour les plus pauvres, elles ne payent pas les tickets de bus d’une semaine. A Zürich, en 7 ans, un millionnaire a économisé – grâce aux cadeaux de la droite économique – mille fois plus qu’une famille dans le besoin. Est-ce vraiment là le monde que nous voulons laisser à nos enfants ?

Qui dit baisse d’impôt dit également réduction des prestations, pressions sur les salaires de la fonction publique. Le dumping salarial n’est pas le seul fait de patrons avides. Il est également une conséquence directe, à la Poste, aux CFF, dans nos cantons, dans nos communes, de politiques délibérées des majorités politiques. Offrir des millions à nos concitoyens les plus riches, supprimer les mécanismes de solidarité mis en place au titre des services publics, et baisser les salaires des fonctionnaires fédéraux, cantonaux et communaux. Voilà le programme minceur voulu par la droite politique de ce pays, et les employés des collectivités publiques risquent d’en payer le prix fort. La logique de ce programme minceur, de cet étouffement progressif de toute solidarité, de cette mise à mort de l’Etat par la calculette est encore celle d’une lutte des classes, une lutte des possédants contre ceux qui n’ont pas.

Résistances
Face à cette lutte des classes par le haut, face à ce Nouvel Ancien Régime, face à cette nouvelle féodalité où les privilégiés veulent de nouveau accaparer le produit du travail du plus grand nombre, nous devons être unis, plus que jamais. Car, unis, nous sommes les plus forts. La gauche est plurielle, la gauche est diverse, et cette diversité est sa richesse. Mais pour transformer cette richesse en force, la gauche doit être unie par une volonté commune et par un idéal commun.

Les syndicats et les partis qui forment cette grande gauche ont les mêmes racines, ils sont une même famille. A ceux qui auraient tendance à l’oublier, j’aimerais rappeler ces mots de François Mitterrand, des mots que l’ancien président socialiste, le rassembleur de la gauche française, adressa à la fin de sa vie à ses troupes trop influencées par les salons du pouvoir : « N’oubliez pas que notre famille, notre seule famille, ce sont les ouvriers, les salariés, les gens qui peinent. » Et le 1er Mai est notre grande fête de famille : la fête du travail, c’est la fête de ceux dont nous portons les aspirations, c’est la fête de ceux qui nous portent.

Notre force est l’union. Mais face à cette petite classe de profiteurs, face à ce nouveau système féodal qui veut remplacer la solidarité par l’égoïsme et la justice sociale par la précarité, nous devons aussi plus que jamais faire preuve de résistance.

Cette résistance, nous l’avons déjà appliquée et nous l’appliquerons encore. Contre le dumping salarial, les grèves menées chez Swissmetal à Reconvilier ou chez Filtrona à Crissier, les actions de blocage menées à la Poste ont démontré que les salariés pouvaient faire entendre leur voix. Et nous remettrons sur pied des actions syndicales directes chaque fois que le dialogue social ne permettra pas de contrer les attaques patronales contre les conditions de travail et salariales des employés.

Pour que la Suisse reste un pays où l’Etat assure à la population des prestations existentielles équivalentes à un prix abordable pour tous, nous devons résister contre la libéralisation des services publics. Car à terme, la libéralisation des services publics introduit immanquablement de l’inégalité de traitement entre les grandes villes et les régions périphériques, entre les entreprises et les habitants, entre les riches et les gens modestes. En septembre 2002, nous avons gagné le referendum contre la libéralisation du marché de l’électricité. En septembre dernier, nous avons donné un signal fort, malgré notre courte défaite, pour que la Poste continue à offrir des services postaux de proximité à l’ensemble de la population. Mais la lutte continue : contre la libéralisation du dernier kilomètre dans les télécommunications, et à nouveau contre la libéralisation du marché de l’électricité.

Contre l’arrogance du grand capital, contre la cupidité des managers, contre les nouveaux châteaux forts de l’économie à visage inhumain, contre ce Nouvel Ancien Régime fondé sur l’inégalité, travailleuses travailleurs, il est urgent de se révolter ! « Die Regierung stürzen » : le mot d’ordre sous lequel est placé ce 1er Mai ne doit pas être qu’une formule rhétorique : ce doit être un programme. Un programme de longue haleine, un long chemin démocratique et pacifique vers une économie respectueuse des travailleurs, une économie qui soit au service de toute la population, vers un Etat et un monde politique qui se souviennent qu’ils émanent du peuple et qu’ils doivent œuvrer pour le peuple.

La nouvelle féodalité qui est à l’œuvre aujourd’hui, cette société qui donne à ceux qui ont tout et prend à ceux qui n’ont rien, ne sont pas des fatalités. Travailleuses, travailleurs, camarades, un autre monde est possible. Construisons-le ensemble ! Dans cet espoir, avec ce cri vers l’avenir, vers notre avenir, bonne fête du 1er Mai.
Christian Levrat, 1er mai 2005

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