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President du syndicat de la communication

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Une journée en compagnie du Matin


Le Matin m’a fait le plaisir de m’accompagner une journée durant. Vous trouverez ci-après l’article consacré à cette journée du jeudi 18 novembre. C’est la retranscription assez réaliste d’un jour ordinaire. Avec une seule imprécision: je ne possède malheureusement pas de ferme (un rêve), mais une maison… Il est vrai toutefois qu’elle aurait besoin d’être retapée.

Le Matin a accompagné durant une journée Christian Levrat dans son bras de fer avec La Poste.

La tension est à son comble entre le géant jaune et le Syndicat de la communication. Son président, qui siège aussi au National dans les rangs socialistes, dénonce les méthodes d’externalisation de l’ancienne régie qui conduisent au dumping salarial. La menace d’une grève jeudi prochain se dessine.


Par Anne Dousse, Le Matin dimanche, 20 novembre 2004

«La discussion a été houleuse. Elle n’a débouché sur rien, et des menaces ont été proférées de part et d’autre.» Derrière ses lunettes fines, le regard de Christian Levrat n’exprime ni découragement ni colère. Il reste froid. «Il faut se méfier quand je deviens glacial», lance le président du Syndicat de la communication, à l’issue de sa réunion avec des responsables de La Poste.

Et le géant jaune a toutes les raisons d’être sur ses gardes. Car c’est le même homme qui l’a mis à terre, il y a trois ans, le contraignant à retirer son plan de réorganisation des centres de tri postaux.

Le soleil perce le ciel bernois, ce jeudi matin, mais l’ambiance est à l’orage… La journée de Christian Levrat avait pourtant commencé dans la bonne humeur, même s’il avait dû se lever à 6 heures tapantes. Il avait quitté sa ferme de Vuadens (FR) - le village où il est né - sur la pointe des pieds, car son épouse, Martine, et ses enfants, Marie (6 ans), Chloé (3 ans) et Thibaut (18 mois), étaient encore endormis. «Je ne pourrais pas vivre ailleurs qu’en Gruyère. J’ai besoin de mes racines, de me retrouver avec ma famille, mes amis. Une façon de ne pas perdre le contact avec son milieu et de se remettre en question.»

Dernier coup d’oeil sur le Moléson et départ pour la Viktoriastrasse, à Berne, le siège de La Poste. Il profite du trajet en voiture pour coordonner ses activités avec son collaborateur personnel et ami d’enfance, Didier Page. La politique est au centre de leurs débats. Mais assez philosophé, il est déjà 7 h 45. Il ne reste que quinze minutes pour régler les derniers détails avec les collègues, avant d’affronter la délégation du géant jaune.

La tension monte d’un cran. Ce Gruérien de 34 ans, jovial, chaleureux, endosse ses habits de militant déterminé et de stratège hors pair. Il est prêt à entrer en action, à déplacer ses pions, comme lorsqu’il joue une partie d’échecs. Une de ses passions. «Je suis un pragmatique, favorable à une approche raisonnable. Je ne cherche pas la lutte pour la lutte. Quand on m’offre des accords acceptables pour les employés, je les saisis. Mais je prône la grève quand on ne respecte pas la parole donnée. C’est ce qui se passe actuellement avec La Poste.»

Christian Levrat est arrivé par un concours de circonstances au Syndicat. Après une licence en droit et une maîtrise en sciences politiques, il a tâté du journalisme. Mais son besoin d’engagement l’a amené d’abord à CARITAS, puis à l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR). Il a défendu le droit d’asile pendant près de dix ans. «C’était passionnant, mais j’avais envie d’explorer d’autres horizons.» Il postule au Syndicat de la communication, et il est engagé.

La porte s’ouvre enfin. Les négociations ont duré deux heures, sans aucune avancée. Pas le temps de se lamenter, un autre rendez-vous est à l’agenda avec le syndicat Comedia à l’autre bout de la ville. Il s’agit d’harmoniser les positions sur l’aide à la presse et les réseaux de distribution des grands éditeurs. Là, les échanges ont été constructifs.

Juste avant midi, Christian Levrat est à son bureau dans la banlieue de Berne. Il passe en revue son courrier. Il n’a toujours rien avalé, à part quelques cafés. C’est le moment d’aller croquer une petite morce au bistrot du coin avec son ami Didier Page. «C’est vrai que je n’ai pas toujours une bonne hygiène de vie. Je compense le dimanche, où je vais m’aérer en famille. J’aimerais avoir plus de temps pour retaper ma vieille ferme.»

Après une discussion sur la gestion de son Syndicat, Christian Levrat est de nouveau en route. Cette fois, direction le Palais fédéral. Il doit y rencontrer Jean-Noël Rey, ancien patron de La Poste, aujourd’hui à la tête d’un concurrent du géant jaune. L’entente n’a pas toujours été bonne entre eux. Mais c’est du passé. Actuellement, les deux peaufinent ensemble leur stratégie, avant d’aller chez Moritz Leuenberger pour débattre de la régulation du marché postal. Entretien plus feutré.

«Je suis en retard.» Le pas décidé, Christian Levrat retourne à La Poste pour mener des pourparlers sur les salaires. Les marchandages durent près de quatre heures. Rien ne filtre. Vingt heures, c’est le moment de sauter dans la voiture avec Didier Page et de donner un coup de fil à Vuadens. «Tout va bien.» Le Gruérien change sa casquette de syndicaliste pour celle de conseiller national. Il rejoint la Fédération du Parti socialiste de la Gruyère, à Bulle, où il va convaincre ses amis politiques de voter non à la péréquation financière. Il emporte le morceau.

Il est près de minuit. Christian Levrat referme la porte de sa ferme. Tout le monde dort. Trop fatigué pour se lancer dans la lecture d’un «San-Antonio» ou dans une analyse politico-économique. «Je lis pourtant beaucoup, mais la journée a été très dense.»
Anne Dousse, Le Matin dimanche, 21 novembre 2004

« La Poste adopte des méthodes d’esclavagiste »

- Vous vous acharnez sur La Poste?
La Poste adopte des méthodes dignes d’un esclavagiste. Elle cherche par tous les moyens à contourner les conventions collectives. Elle n’hésite pas à recourir à des agences de placement qui offrent des salaires de 17 francs de l’heure, alors qu’ils sont de 23 francs dans les contrats négociés. Il faut dénoncer ces procédés d’externalisation de l’ancienne régie fédérale qui visent à évincer ses employés des conventions collectives et qui conduisent au dumping salarial.

- Vous êtes prêt à faire la grève jeudi prochain?
Quand il y a volonté manifeste de contourner les conventions collectives, je suis prêt à durcir la lutte et à donner des coups de canif dans la paix du travail. Il en va de notre crédibilité de syndicat.

- On vous entend beaucoup sur La Poste. Qu’en est-il des autres dossiers?
C’est vrai, mon activité auprès de La Poste est la plus médiatisée. Les 40% de mon travail touchent les télécommunications, l’informatique et les technologies de l’information. Actuellement, je planche sur une convention collective pour les branches de la télécommunication. L’effort porte sur le recrutement, notamment chez Orange et Sunrise, dont l’approche met en danger le partenariat social.

- Vous n’avez pas l’impression d’avoir fait votre carrière sur le dos de La Poste?
Pas du tout. On ne peut pas penser à sa carrière politique quand des places de travail sont en jeu. Grâce à notre lutte sur le terrain lors du conflit sur les centres de tri, nous avons réussi à sauver 1400 emplois.
Propos recueillis par Anne Dousse, Le Matin dimanche, 21 novembre 2004

« J’aurais peur de m’ennuyer au Conseil d’Etat »

- Allez-vous souvent au guichet de la poste?
Je ne me rends pas souvent au guichet. Mais, dès que j’ai commencé au Syndicat, je suis allé sur le terrain pour connaître la réalité des employés. J’ai visité les centres de tri et j’ai accompagné au moins trente facteurs dans leur tournée.

- Quand vous signez un contrat avec un concessionnaire téléphonique, vous vous renseignez sur les conditions de travail?
Toujours. Je ne signe rien à l’aveugle.

- Est-il facile de porter la casquette de conseiller national et celle de syndicaliste?
Les deux sont complémentaires. Au Parlement, de nombreux dossiers sont en prise directe avec les syndicats. Et j’ai toujours baigné dans la politique. Mon père, directeur de garage, était très engagé dans les milieux économiques, et les débats en famille étaient vifs. Au collège, j’avais créé le groupe Solidarité Tiers-Monde. On envoyait des bus de nourriture en Pologne, à Solidarnosc. J’ai aussi participé à la création des jeunesses radicales dans la région, avec l’actuel préfet de la Gruyère, Maurice Ropraz. Très vite, j’ai compris que le radicalisme n’était pas ma tasse de thé.

- La prochaine étape, est-ce le gouvernement fribourgeois?
Je ne sais pas si je suis prêt à faire le pas comme Pierre-Yves Maillard. J’aurais peur de m’ennuyer au Conseil d’Etat, car il y a trop de représentation. Je n’ai pas de plan de carrière. Quand une bonne occasion se présente, je la saisis. Il est vrai que tout homme politique aime décider, pouvoir influencer la société dans la direction qu’il veut.

Propos recueillis par Anne Dousse, Le Matin dimanche, 21 novembre 2004


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