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Un amour par trop partagé

C’est donc désormais par « amour de la Suisse » qu’agissent les trois principaux partis de droite. Tous sont convaincus que les « vrais » Suisses ou les Suisses « heureux » vont voter pour leur formation, seule responsable des succès de notre pays et indispensable à son existence même. Tous trois s’engagent sous des mots d’ordre quasiment interchangeables, des images qui célèbrent la Suisse immuable et éternelle tout en se concentrant sur une politique à l’égard des étrangers « sévère, mais juste »… Enfin : surtout « sévère »...

Sur le plan rhétorique, PLR et PDC tentent bien de prendre quelque distance avec l’UDC, mais les thèmes comme la tonalité globale de leur campagne les trahissent. Ce ne sont ainsi que d’infimes détails qui distinguent les copies de l’original. Tout sauf un hasard, mais une volonté évidente de coller au plus près d’une « tendance résolument conservatrice » comme l’ont récemment décrite plusieurs médias, en particulier alémaniques. Ces derniers - et la droite, dans la foulée – jugent notamment que le résultat de la votation sur l’initiative « Pour la protection face à la violence des armes » en est la preuve indubitable sinon éclatante, 56% de la population helvétique refusant de rompre avec la coutume de l’arme à la maison ou de la légitime défense (« les Suisse ne se laissent pas désarmer », pour reprendre les termes d’un conseiller national démocrate-chrétien( !)). Le 13 février, ce serait donc la Suisse traditionnelle qui l’aurait emporté. Et avec elle, les trois grands partis de droite.

Seulement voilà, le résultat du scrutin ne peut pas être interprété d’une manière aussi unilatérale, car cette majorité se compose également de citoyennes et de citoyens qui ont considéré qu’au vu des progrès notables (retrait de la munition, ouverture des arsenaux, partage des registres cantonaux) enregistrés depuis son dépôt, l’initiative ne s’imposait plus. Par ailleurs, c’est faire bien peu de cas de la forte minorité de 44% -  jusqu’à 70% dans les grandes villes -  qui s’est clairement exprimée contre le maintien de l’arme à domicile et ne se retrouve ni dans ce retour aux valeurs mythico-réactionnaires, ni dans la Suisse telle qu’elle apparait sur les affiches du PDC, dans les slogans du PLR ou dans le comportement général de l’UDC.

Incontestablement, cette forte analogie des formations de droite ne laissera pas, cet automne, un choix considérable aux électrices et aux électeurs. Le PS est ainsi le seul parti gouvernemental qui s’est engagé pour que les armes d’ordonnance quittent placards, caves et grenier rejoignent l’arsenal. C’est le seul grand parti à s‘être engagé en faveur d’une société moderne et progressiste et, ce faisant, qui a été en mesure de convaincre très largement au-delà de sa base électorale. Nous entendons bien évidemment poursuivre dans cette voie lors de la campagne en vue des élections fédérales, sans forcément inclure systématiquement une Suisse mythologique dans nos slogans comme les vaches ou les montagnes sur nos affiches. 

C’est que le PS incarne une autre Suisse, une Suisse moderne et sociale, celle de l’avenir. Un avenir placé sous le signe de l’innovation et du progrès technologique (cleantch).Un avenir placé sous le signe du progrès social (caisse maladie publique et écoles à horaire continu). Et – par-dessus tout – un avenir dont tout le monde pourra profiter, non seulement quelques privilégié-e-s. Nul doute que l’étroite proximité idéologique et identitaire affichée successivement par l’UDC, le PDC et le PLR ne peut que mettre cette position en évidence.

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