La construction européenne est une fantastique œuvre de pacification du continent. Pourtant, l’Union européenne a toujours su camoufler son ambition fédéraliste sous les oripeaux d’une collaboration strictement technique. Elle est née d’un accord sur le charbon et l’acier, s’est développée dans les méandres d’un marché unique, et jure que l’introduction de l’euro n’empêche pas ses Etats membres de mener une politique financière autonome. De même, la création d’une union de liberté, de sécurité et de justice passe par les accords de Schengen et Dublin, dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils n’ont rien pour soulever l’enthousiasme.
La Convention de Dublin représente à merveille l’approche technocratique et policière, cette politique des petits pas à la sauce bruxelloise. Cet accord sur le pays de premier asile incarne mieux qu’un long discours, et au delà des démentis tonitruants des europhiles les plus optimistes, la propension de l’Union à développer une logique sécuritaire. En fait, la Convention de Dublin nous fait avancer à grands pas vers la « forteresse Europe », vers « l’Europe des polices ».
Et pourtant, nous devons l’accepter le 5 juin prochain. D’abord bien sûr parce qu’elle représente un passage obligé pour l’intégration de la Suisse dans l’Union. Mais aussi et surtout parce que nous n’avons plus d’autre choix que d’adhérer à la politique commune de l’asile.
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