L’année rose de Christian Levrat
L’année rose de Christian Levrat
Valentine Zubler, le Temps 17.12.2011
(Keystone)
Avec Alain Berset à l’Intérieur, le président du PS savoure une nouvelle victoire. Recettes à succès d’un joueur d’échecs
En plaçant un socialiste au Département de l’intérieur, objectif qu’il poursuivait depuis longtemps, Christian Levrat a de quoi sourire. Avec l’élection de son vieux comparse Alain Berset au Conseil fédéral, le président du PS clôt en beauté une année 2011 qui avait commencé par de mauvais sondages et la perspective d’une défaite aux élections fédérales.
Au final, non seulement le parti a progressé en nombre de sièges au parlement, mais il sauve ses deux fauteuils gouvernementaux en s’emparant d’un ministère clé. Cette issue récompense les talents unanimement reconnus au président socialiste: un fin tacticien, à l’aise dans la gestion des compromis et la recherche de soutiens, un joueur d’échecs qui a su profiter des faiblesses de la droite – les radicaux amoindris, l’UDC prise dans une spirale descendante – pour replacer sa formation au cœur des jeux politiques.
Les socialistes l’admettent volontiers: ils ont un bon président, malin, qui a surtout su placer intelligemment l’abondant personnel politique dont dispose le PS. Dès son élection à la présidence du parti, en 2008, l’ex-président du Syndicat de la communication s’est entouré d’une vice-présidence rajeunie de cinq personnes. Il a été fortement critiqué au départ par l’aile droite alémanique du parti, mais ses calculs se sont révélés payants. «Pour moi, il était important dès le début que toutes les sensibilités s’expriment. Le parti, dont je n’ai pas une conception stalinienne, doit fonctionner comme un lieu de débat. C’est dans cette optique que nous avons ouvert la discussion sur la sécurité en 2007.»
Le PS a aussi marqué des points en envoyant des poids lourds à l’élection du Conseil des Etats: Hans Stöckli à Berne, Pascale Bruderer en Argovie, le syndicaliste Paul Rechsteiner à Saint-Gall, qui l’a emporté face au président de l’UDC, Toni Brunner… «C’était une façon d’impliquer les partis cantonaux dans la campagne», glisse le Fribourgeois. Enfin, le renouvellement du Conseil fédéral a achevé de doper la confiance des socialistes. «Cela fait des années que nous avions fixé, avec Micheline Calmy-Rey, le calendrier de son départ», précise Christian Levrat.
Mais c’est surtout avec la réélection d’Eveline Widmer-Schlumpf que le PS a atteint son objectif d’«empêcher une majorité de droite néolibérale d’accéder au gouvernement. En tant que ministre des Finances, Eveline Widmer-Schlumpf se comporte en réalité comme une étatiste», dit-il.
Restent quelques défauts dans la cuirasse socialiste. Aux élections fédérales d’octobre, le PS a reculé de 0,8% en termes de suffrages, pour s’établir à 18,7%. En 2007, il était déjà passé de 23,3% des suffrages à 19,5%. «A long terme, il n’est pas acceptable de rester en dessous de la barre des 20%, réagit Christian Levrat. Mais les résultats des dernières élections ne sont pas dramatiques. Les nouveaux partis, PBD et Verts libéraux, ont fait 10%. Et je pense que ces deux partis vont refluer.»
Christian Levrat se réjouit que le PS, qui était devenu le troisième parti chez les jeunes électeurs, semble regagner la première place du podium. «Nous attendons la confirmation de cette tendance par l’Université de Zurich pour nous réjouir.»
A Noël, Christian Levrat s’accordera quelques jours de vacances. Ensuite, le président du PS aimerait diminuer sa présence médiatique – ce qui devrait satisfaire certains élus socialistes. «Aujourd’hui, les présidents doivent répondre à toutes les demandes. C’est un appauvrissement du parti.»
Quant à une éventuelle candidature pour succéder à Alain Berset aux Etats, Christian Levrat glisse «qu’il va falloir y réfléchir».
