1er mai: une autre Suisse est possible
Mesdames, Messieurs,
Camarades, collègues, ami-e-s,
Hier, Ursula, une femme croisée par hasard, me décrivait la situation de sa famille.
„Mein Mann ist seit mehr als zwei Jahren arbeitslos. Er ist 41 Jahre alt, körperlich fit und obwohl er fliesssend drei Sprachen spricht (inkl. Deutsch) und Geschichte und Archäologie studiert hat, ist er bereit jede Form von Arbeit anzunehmen. Er hätte gerne in einem Supermarkt gearbeitet, doch da wir in einem Dreiländereck leben, sind praktisch alle Stellen von Grenzgängern belegt. Da er nicht mehr bei der Arbeitslosenkasse registriert ist, ist er keine (Arbeitslosen) Statistik mehr, er existiert einfach nicht. Sagen Sie mir bitte, wohin führt das ganze?“
« Mon mari est sans emploi depuis 2 ans. Il a 41 ans, est en pleine forme. Il parle couramment trois langues, dont évidemment le français. Il a étudié, mais est prêt à prendre n’importe quel emploi. Il aurait volontiers travaillé dans un supermarché, malheureusement, chez nous, tous ces emplois sont occupés par des frontaliers. Comme il est en fin de droit, il n’est plus enregistré à l’assurance chômage, n’apparaît plus dans aucune statistique, il n’existe simplement plus. Dites moi où tout ça nous mènera »
Tous les responsables politiques, syndicaux, associatifs de la gauche sont confrontés jour après jour à des situations de ce type. Nos compatriotes y dénoncent les difficultés toujours plus importantes auxquelles sont confrontées les familles, l’appauvrissement de notre classe moyenne, la frilosité des politiques publiques de l’emploi, l’égoïsme et la froideur dont fait preuve parfois notre pays.
Et cette dénonciation me semble justifiée. Les salaires stagnent depuis dix ans. Les différences salariales entre homme et femme ont encore crû ces dernières années. C’est scandaleux, c’est décourageant, c’est inacceptable. Notre pouvoir d’achat est en berne, miné par les augmentations à répétition des primes d’assurance maladie. Notre classe moyenne, garante de notre cohésion sociale, est en train de disparaître. Pour des milliers de gens, la nouvelle loi sur le chômage entrée en vigueur au 1 er avril dernier constitue purement et simplement un affront, une rupture de la solidarité qu’ils sont en droit d’attendre, une atteinte à leur dignité d’homme et de femmes.
Pourtant, tous les économistes vous le diront : la Suisse va bien. Notamment grâce à la libre-circulation avec l’Union européenne. Et du haut de leurs chaires professorales, c’est le cas. Notre pays se tire avantageusement des turbulences qui ont frappé l’économie mondiale au cours des dernières années. Et la politique migratoire menée contribue à notre croissance économique.
Le cas d’Ursula est-il donc isolé, particulier ? Non. La Suisse se porte bien, mais seule une minorité profite vraiment de cette prospérité. Tout d’abord, les patrons, managers et actionnaires, de quelques grandes entreprises qui abusent de l’absence de salaire minimaux, de la dérégulation du monde du travail, des contrôles insuffisants et des sanctions inexistantes. Ensuite les spéculateurs immobiliers qui tirent avantage de la passivité, pour ne pas dire de la complicité, des pouvoirs publics face à l’évolution inadmissible des prix du logement dans les grandes agglomérations du pays. Enfin, les assureurs qui utilisent la concurrence factice entre caisses-maladies pour garantir des bénéfices indécents à leurs actionnaires, au détriment des patientes et des patients.
Tout se passe comme si les gagnants de la libre circulation et de la croissance économique siégeaient tous dans des bureaux de verre, alors que la population n’en voyaient que les nuisances, en matière d’emploi, de logement, de transports. C’est une évolution dangereuse, qui devrait interpeler même les plus endurcis des néo-libéraux. A terme, une politique migratoire ouverte ne peut reposer que sur une forme de consensus social. Celui-là même que mettent à mal aujourd’hui les nationalistes et leurs imitateurs bourgeois.
Cette évolution est d’autant plus choquante qu’elle se passe le plus souvent en marge, pour ne pas dire en violation, de nos droits démocratiques élémentaires. Nous avons tous encore en tête la façon dont les majorités bourgeoises ont décidé de subventionner à hauteur de plusieurs milliards de francs l’UBS, en recourant au droit d’urgence. Nous nous souvenons comment de l’UDC au parti radical, tous les porteurs d’eau de l’économie ont accepté un accord entre la Suisse et les Etats-Unis afin de soustraire la banque et ses dirigeants aux poursuites de l’Etat américain. Et nous avons tous découverts avec stupéfaction que la même droite n’avait pas hésité à mener campagne pour le réforme de l’imposition des entreprises avec des chiffres scandaleusement faux. En annonçant des pertes fiscales vingt fois inférieures à ce qu’elles sont réellement, le Conseil fédéral a trompé le peuple, faussé le vote. Renforcé encore par son refus de corriger aujourd’hui ses erreurs d’hier le sentiment qu’il tenait plus à défendre les actionnaires de Schmidheiny, de Novartis et de l’UBS que ceux de la population suisse.
Camarades, collègues, Mesdames et Messieurs,
Une autre politique est possible. Une politique pour tous, sans privilèges. Une politique pour tous les Suisses et les Suissesses qui ne siègent pas dans les conseils d’administration des grandes banques, des sociétés d’assurances ou des compagnies électriques. Une Suisse où la politique n’est pas subordonnée aux intérêts de quelques-uns. Où la Berne fédérale n’est pas dominée par des lobbyistes. Où les partis représentent leurs électeurs, et non leurs donateurs. Une Suisse ou le gouvernement se soucie du bien de tous, et non des privilèges de quelques uns. Une Suisse que nous construirons tous ensemble, et non pas les uns contre les autres.
Le parti socialiste est engagé sur des fronts multiples, essentiels pour notre pays. Les élections de cet automne seront déterminantes pour l’avenir de notre pays, il s’agira de choisir entre deux Suisses : le nationalisme étriqué, ultra libéral de l’UDC et de ses imitateurs bourgeois, la Suisse des privilèges, des conseils d’administrations et des lobbies, ou un pays plus ouvert, plus tolérant, que nous devons construire ensemble. Quatre thèmes vont dominer notre campagne :
-
Des salaires acceptables pour tous, plutôt que des boni extravagants pour quelques uns. Il n’est pas admissible que 400'000 personnes vivent en Suisse avec moins de 4000.—CHF par mois. Il n’est pas tolérable que toujours davantage de salariés aient l’impression d’être livrés à eux-mêmes, face à l’arrogance des employeurs, face aux abus de la libre circulation, face aux discriminations dont sont victimes les femmes dans le monde du travail. Ensemble, partis de gauche, syndicats, associations, nous devons nous engager de manière déterminée pour l’égalité et pour la justice sociale. C’est de notre combat qu’est né le droit de vote des femmes, la loi sur l’égalité. Par nos actions le 14 juin prochain, par notre initiative pour des salaires minimaux, par l’initiative 1 à 12 des jeunes socialistes, par une campagne efficace pour des augmentation de salaires générales cet automne, nous pouvons redonner espoir aux milieux populaires et aux classes moyennes.
-
Une caisse maladie abordable, pour tous, sans privilèges. Nous voulons un système de santé de qualité, accessible à toutes et tous. Alors que de plus en plus de ménages ont des difficultés à payer des primes maladies qui, chaque année, prennent l’ascenseur, la pseudo-concurrence que se livrent les assureurs privés ne sert que leurs intérêts au détriment de ceux des assuré-e-s. Raison pour laquelle nous voulons, grâce à notre initiative, introduire une caisse publique d’assurance- maladie sur le modèle de la SUVA: efficace, transparente et démocratique.
-
Un approvisionnement énergétique sûr, pour tous, sans privilèges. D’ici 2030, les énergies renouvelables devront couvrir au moins 50% de nos besoins. Grâce à notre initiative Cleantech, les investissements consentis dans ce secteur permettront la création de 100’000 places de travail en Suisse. Le PS veut laisser une planète aussi intacte que possible aux générations futures sans les sacrifier aux intérêts à court terme du lobby atomique. Les centrales nucléaires sont chères, dangereuses et produisent des déchets dont on ne sait toujours que faire tandis que les énergies renouvelables représentent un futur aussi écologiquement qu’économiquement responsable.
- Des loyers abordables, pour tous sans privilèges. Les loyers ne cessent d’augmenter dans les villes et les agglomérations. Les propriétaires profitent de la pénurie pour engranger de juteux bénéfices aux dépens des locataires tandis que dans les communes ou cantons qui pratiquent la sous-enchère fiscale, même la classe moyenne n’arrive plus à se loger. Pour le PS, les loyers doivent refléter la réalité des coûts. Il faut promouvoir la construction de logements sociaux, les droits des locataires et un immobilier socialement responsable.
Cette année 2011 doit marquer un tournant politique. Sur les salaires, sur la santé, sur l’énergie, sur le logement, il s’agit de remettre au premier plan les salariés, les retraités, les jeunes et les familles, ceux qui font vivre notre pays. Et non pas les spéculateurs qui abusent de la complaisance, pour ne pas parler de complicité, de nos adversaires politiques.
Le premier mai est jour de fête, de souvenir, de solidarité. L’occasion de fêter une autre Suisse, de tracer un chemin vers davantage de justice, de défendre le plus grand nombre, et non une minorité de privilégiés, de mobiliser pour les combats à venir. Avec cet espoir, je vous souhaite une excellente fête.
