« Nous sommes le parti de l’intérêt général »
« Nous sommes le parti de l’intérêt général »
ELECTIONS Les socialistes estiment être en mesure de regagner le terrain perdu il y a quatre ans. Le point avec le président du parti Christian Levrat.
PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTIANE IMSAND
- Le PS a perdu 9 sièges en 2007 et les résultats obtenus dans les cantons depuis lors sont médiocres. Pourquoi est-ce que le PS ne convainc plus ?
- Je ne nie pas que nous sommes passés par une phase difficile suite aux élections de 2007. Cette défaite n’était pas le fruit du hasard et nous en avons tiré les conséquences. Nous avons recentré notre action sur la défense des milieux populaires et de la classe moyenne. Nous avons été très présents durant toute la crise économique, pour trouver des solutions. Nous avons porté des projets très importants comme la sortie du nucléaire ainsi que la défense de salaires minimaux, du logement et des retraites. Ces efforts commencent à porter leurs fruits. Depuis le mois de septembre dernier, exception faite du Tessin, nous n’avons plus perdu d’élection dans les cantons.
- Il est toujours difficile d’inverser une tendance. Le statu quo ne serait-il pas déjà un succès pour le PS cet automne ?
- Non. Notre objectif est de progresser dans les deux Chambres, en sièges et en pourcentage. En Suisse romande, nous plaçons de grands espoirs dans les cantons de Neuchâtel , du Valais et de Vaud. Nous sommes solides à Fribourg et dans le Jura. Mais la situation est plus délicate à Genève.
- Le PS n’a-t-il pas un problème d’identité ? On dit souvent que c’est le parti des fonctionnaires…
- Nous sommes le parti de l’intérêt général. Ce n’est pas un hasard si notre slogan est « Pour tous, sans privilèges ». Nous voulons une Suisse dans laquelle la croissance économique profite à tout le monde. Je dis volontiers que le PS est le parti de tous ceux qui ne siègent pas dans les conseils d’administration des banques, des assurances et des centrales nucléaires.
- Le vivier populaire où puise le PS est aussi convoité par l’UDC.
- Je suis convaincu que les gens savent où sont leurs intérêts. Qui défend le service public et le pouvoir d’achat ? La politique de l’UDC et de la droite en général est à l’origine du renforcement de la répartition inégale des richesses. La création de ghettos pour pauvres d’un côté, et de zones réservées pour les plus aisés d’un autre est un vrai poison pour notre cohésion sociale. Il faut renforcer les classes moyennes, remettre en marche l’ascenceur social.
- Le PLR et le PDC dénoncent régulièrement les alliances contre nature du PS avec l’UDC…
- Prenons l’exemple de la 11 e révision de l’AVS. Elle prévoyait une baisse des prestations que nous jugions inacceptable alors que l’UDC voulait péjorer encore davantage la situation des retraités. Cette double opposition a fait capoter la réforme. Si, pour des motifs opposés, l’UDC nous aide à faire avancer la Suisse vers plus de justice sociale et de solidarité, je la remercie.
- Selon les sondages, les migrations restent l’un des principaux sujets de préoccupation des Suisses. Un écueil pour le PS ?
- Le débat porte avant tout sur la libre circulation des personnes. Elle a généré une croissance économique mais celle-ci ne profite qu’à quelques-uns. Le gros de la population est surtout affecté par les nuisances de cette croissance en termes de transport, de logement et d’emploi. Si on veut maintenir la libre circulation, il faut agir dans ces domaines et renforcer les les mesures d’accompagnement. Redonner du pouvoir d’achat aux classes moyennes, protéger les salariés, mener une politique de logement favorable aux familles, créer une caisse-maladie publique, démocratique et efficace. C’est ce que nous faisons par le biais de nos initiatives populaires.
- On s’attend à une hausse du chômage cet automne. N’y aurait-il pas lieu d’introduire une préférence nationale en matière d’emploi ?
- Si l’on parvient à contraindre les employeurs à verser le même salaire pour un étranger que pour un Suisse, la plupart vont engager des Suisses. Il faut établir des salaires minimaux pour avoir un point de comparaison, puis renforcer les contrôles et les sanctions.
- Le débat énergétique semble profiter davantage aux Verts et Verts Libéraux qu’au PS. Pensez-vous bénéficier de l’actualité qui a placé au premier plan la question du franc fort ?
- Je suis très heureux que le PS puisse présenter des résultats sur le débat énergétique. Si la Suisse sort du nucléaire, c’est parce que nous avons su tendre la main à nos adversaires PDC, et construire ensemble des solutions. Mais Fukushima n’est pas un thème de campagne. C’est une catastrophe qui nous place face à une responsabilité historique. Quant à la crise du franc, cela fait huit mois que nous réclamons des mesures. Je suis choqué de voir quelques spéculateurs internationaux mettre les Etats à genoux. Il faut réduire massivement la spéculation par l’introduction de taux d’intérêt négatifs, faire bénéficier les consommateurs de la force du franc et imposer un taux de change minimum pour l’euro.
- L’Europe est en crise. Cela ne contribue-t-il pas à affaiblir l’idée européenne?
- Les difficultés de certains Etats peuvent entraîner une crise conjoncturelle sérieuse en Suisse. Cela montre à quel point nous sommes interdépendants. Nous sommes dans une communauté de destin. Je vois bien que l’idée d’une adhésion à l’UE n’a pas les faveurs du public pour l’instant, mais je pense que l’on se reposera la question tôt ou tard car la voie bilatérale nous pousse toujours plus à devenir un membre passif de l’UE. Et nous y perdons chaque année un peu plus de notre souveraineté.
ENCADRE CONSEIL FEDERAL
- Les Verts veulent entrer au Conseil fédéral. Ils attendent un soutien plus ferme du PS….
- Je pourrais m’imaginer une représentation strictement arithmétique du Conseil fédéral qui entraînerait l’entrée d’un Vert au gouvernement au détriment du parti libéral radical. Mais les voix du PS et des Verts ne suffisent pas pour modifier la formule magique. Et aucun parti bourgeois n’a accepté de défendre ce point de vue.
- Le siège d’Eveline Widmer-Schlumpf est revendiqué par l’UDC. Pouvez-vous le lui abandonner au risque de perdre la majorité antinucléaire du Conseil fédéral ?
- C’est un des éléments que nous prendrons en considération, mais on ne peut pas décider de la composition du gouvernement avant les élections.
- Parlons de Micheline Calmy-Rey. Tout le monde attend sa décision. Est-ce que sa démission serait un atout de campagne pour le PS ?
- Cela peut être une chance, mais c’est aussi un risque. Si elle se représente pour une législature, il n’y a aucun doute qu’elle sera élue. Elle fait un travail remarquable comme Présidente de la Confédération. Mais la décision lui revient.
- L’élection du Conseil fédéral par le peuple est-elle une option ?
- Sur le principe, j’y serais plutôt favorable même si la question est très controversée dans mon parti.. J’y met cependant deux conditions : le financement des partis et des campagnes doit être transparent et il faut un dispositif efficace de représentation des minorités. L’initiative de l’UDC ne remplit pas ces conditions. Je ne la soutiendrai pas.
