Christian Levrat / Media / UDC et PRD sont les deux faces d'une même médaille

UDC et PRD sont les deux faces d'une même médaille

-Les élections cantonales zurichoises anticipent souvent la tendance des élections fédérales. En 1999, la déferlante UDC avait commencé à Zurich. Le 3 avril a-t-il valeur de test pour vous ?

-En principe oui, même si je suis plus prudent cette année. Le débat politique s'est beaucoup accéléré, un thème chasse l'autre. Les élections zurichoises se déroulent à l'ombre de Fukushima et de discussions très émotionnelles sur la portée du nucléaire. Je suis très optimiste pour cet automne. D'ici là, nous serons le seul parti à démontrer que nous sommes à même de sortir réellement de l'énergie nucléaire, sans pour autant plonger le pays dans une pénurie énergétique. Mais à court terme, il faut sans doute s'attendre à un vote émotionnel.

 -Cela veut dire que vous vous attendez à ce que les Verts et des Verts libéraux profitent de la catastrophe au Japon ?

-Ou peut-être nous... Le débat de Fukushima va peser sur le résultat des élections, mais d'une manière difficile à prévoir. Les Verts libéraux sont de toutes façons une concurrence sérieuse, même s'il y a tromperie sur la marchandise. Ils ont une marque très forte, mais dans le fond, ces gens sont très peu verts et pas libéraux. Ce sont surtout des conservateurs sur le plan culturel et des néo-libéraux dans le domaine économique ou financier. A court terme, ils vont probablement gagner des voix et bénéficier avant tout du soutien d'électeurs bourgeois effrayés soudainement des conséquences de l'énergie nucléaire qu'ils défendaient jusqu'à présent. Cela durera-t-il jusqu'à l'automne ? J'ai des doutes, en particulier à Zurich où les citoyens ont déjà fait eu l'occasion de voir que les Verts libéraux s'alignent sur la droite pour faire passer des coupes budgétaires.

 -Qui craignez-vous le plus, les Verts ou les Verts libéraux ?

-Nos adversaires, ce sont les radicaux qui incarnent le filz zurichois, ce mélange entre mandat politique et défense d'intérêts particuliers. C'est face à eux que se déroule le match politique.

 -Pas face à l'UDC ?

-Sur les questions économiques et sociales, les radicaux incarnent clairement cette proximité un peu incestueuse entre l'économie et la politique. Sur les questions identitaires, je ne vois bientôt plus de différences entre l'UDC et le parti libéral radical zurichois. Les uns sont « contre la mendicité par amour de la Suisse », les autres considèrent que « les Suisses votent UDC ». On est dans le même registre d'exclusion, qui monte une Suisse l'une contre l'autre. Le parti radical, qui considère tout à coup la migration comme le principal problème du pays, ne fait que se mettre à la remorque de l'UDC. Les deux partis ont aujourd'hui un programme politique très proche. Ils sont les deux faces d'une même médaille. Une face plus nationaliste et identitaire du côté de l'UDC, une face plus liée aux intérêts économiques du côté radical.

-Le PS zurichois veut se profiler comme le parti qui baisse les impôts avec sa propre proposition soumise à votation en mai prochain. N'est-ce pas une stratégie dangereuse ?

-Non. La logique est simple. Si les bourgeois veulent baisser les impôts, et qu'il y a une marge de manoeuvre pour le faire sans atteindre aux prestations de l'Etat, alors baissons les impôts de telle manière à ce que l'opération profite aux classes moyennes et aux milieux populaires, et pas uniquement aux plus aisés. C'est ce que nous avons fait dans mon canton à Fribourg grâce à une initiative populaire du PS.

 -La campagne pour les élections zurichoises manque de locomotives. Mario Fehr, le candidat nouveau au Conseil d'Etat a un rayonnement qui ne dépasse pas les cercles où il est connu. Mais il ne vous sert pas beaucoup pour les élections fédérales...

-Attendez le soir du 3 avril. Mario Fehr est un de nos leader à Berne, président de l'Association suisse des employés de commerce et qui joue un rôle déterminant en matière de politique étrangère et de politique de la formation. Je constate avec un certain amusement la tentative de nos adversaires de réduire sa candidature à un phénomène médiatique. Je ne crois pas que les médias s'intéresseraient durablement à lui s'il n'avait pas d'influence à Berne.

 -Le PS zurichois n'a pas la cote auprès des jeunes. Vous n'avez pas de personnalités avec la notoriété d'un Cédric Wermuth, voire du couple vaudois Géraldine Savary et Grégoire Junod (qui vient d'être élu à la municipalité de Lausanne)..

-Ce n'est pas vrai. Nous avons remplacé sans coup férir le maire de Zurich Elmar Ledergerber par Corine Mauch et renforcé notre pouvoir à l'exécutif. A Winterthour, nous avons avec Nicolas Galladé un jeune municipal prometteur. Notre contrôle dans les grandes villes est très fort. Nous avons il est vrai des difficultés dans les villes plus petites. La situation est comparable à celle du canton de Vaud il y a quelques années.

 Quelles ont été les recettes vaudoises ?

Une présence sur le terrain. Et la volonté d'aller rechercher les talents, plutôt que de les écarter pour éviter que des gens vous fassent de l'ombre. Je crois que ce n'est pas spécifique à la Suisse romande: Il faut laisser émerger de nouvelles têtes et soutenir les fortes personnalités plutôt que de les mettre à l’écart, c'est la recette du succès de la politique en général.

 -La délégation socialiste zurichoise au Conseil national compte trop d'anciens, dont un Andreas Gross que l'on ne voit jamais à Zurich...

-Andreas Gross est une des grandes personnalités nationales, un poids lourd sur la scène internationale et le probable futur président du Conseil de l'Europe. Le débat à Zurich sur le renouvellement de la députation devrait pouvoir se résoudre de manière raisonnable: avec l’élection probable de Mario Fehr et le départ de Christine Goll, l’émergence de nouvelles personnalités semble envisageable.

-Quel est votre pronostic pour le 3 avril ? Le PS zurichois va-t-il arriver à remonter la pente après son mauvais résultat en 2007 ?

-Sur la base des résultats obtenus ce printemps dans d'autres cantons, je suis raisonnablement optimiste. Mais les événements au Japon font peser une grosse incertitude. Peut-être que le PS en bénéficiera, je n'ai pas de réponse. Pour cet automne aussi, les derniers résultats enregistrés Zoug, Jura, Genève, Lausanne et Fribourg maintenant montrent un PS soit solidement assis sur des positions dominantes, soit en progression, c'est plutôt réjouissant.

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