Christian Levrat / Media / «II faut agir sur le pouvoir d'achat»

«II faut agir sur le pouvoir d'achat»

Le PS en campagne

Itv pour 24 heures, 20 mai 2011

Simonetta Sommaruga fait beaucoup parler d’elle. N’allez-vous pas très vite avoir un problème avec une ministre qui fait une politique de droite dans le dossier de l’asile?

D’abord, elle fait un travail important de déminage. Dans ce département, c’est la première ministre depuis longtemps qui ne tente pas d’instrumentaliser le sujet mais de résoudre les problèmes qui se posent. Jusqu’à présent, elle l’a fait de manière équilibrée et en collaboration avec le parti. Les idées qu’elle présente étaient déjà défendues par les milieux de l’asile dans les années 90.

Lorsqu’elle parle de limiter le regroupement familial, est-ce encore une politique de gauche?

Là, je suis plus réservé et je ne me gênerais pas de dire mon désaccord en tant que président de parti. Pour l’instant, j’attends ses propositions concrètes.

En résumé, la conseillère fédérale dont vous ne vouliez pas dans le département que vous ne souhaitiez pas est en train de devenir le principal atout du PS en cette année électorale.

Mon rôle de président de parti a été d’amener en finale nos meilleures candidates à l’élection au conseil fédéral et je l’ai fait. Sur le département de justice et police, je n’ai jamais critiqué sa reprise mais ai dénoncé l’éloignement volontaire du PS par les autres partis des départements à connotation sociale et économique. Six mois après, le bilan de Doris Leuthard est catastrophique. Il y a aussi un grave problème au département de l’économie où Johann Schneider Amman peine à passer des wagons-lits au cockpit de tête. Même là où la maison brûle, il faut l’attacher pour l’amener au poste de secours pour qu’il veuille bien se saisir de la lance à incendie.

Parlez-vous de la libre circulation? Il y a effectivement un vent de panique qui souffle sur la Suisse.

Nous avions mis des gardes fous qui devaient garantir que les travailleurs suisses ne feraient pas les frais de ce mécanisme. L’économie considérait que tout cela était inutile, qu’il n’y aurait pas de dumping salarial. Malheureusement, les chiffres disent le contraire. Dans les branches où il y a des salaires minimaux et où des contrôles peuvent être effectués, 40% des entreprises sont en infraction. François Longchamp à Genève prend la tâche à la légère lorsqu’il se contente à appeler les entreprises à faire preuve de retenue.

Que proposez-vous?

L’introduction dans toutes les branches menacées de salaires minimaux proches des salaires réels, le renforcement des contrôles et l’instauration de sanctions réellement dissuasives. En Autriche, si vous violez les règles, vous êtes exclus des marchés concernés. En Suisse, vous risquez une amende de quelques milliers de francs…

S’il fallait revoter, le PS ne basculerait-il pas dans le non à la libre circulation, notamment dans les cantons frontaliers?

Si nous avions un frein à main facile à utiliser, nous l’utiliserions car la situation est grave. Mais aujourd’hui, la seule alternative est le contingentement et du coup la dénonciation de l’ensemble des accords bilatéraux avec l’Union européenne. Le prix à payer est donc bien trop élevé. La seule voie possible est celle des réformes internes. Et il faut aller vite car une majorité de Suisses a le sentiment d’être perdante dans ce qui est pourtant une phase de croissance. Nous devons réfléchir au type de développement économique que nous souhaitons. Le modèle actuel basé sur l’attraction de sociétés étrangères avec des conditions fiscales intéressantes est en train d’échouer, notamment sur l’arc lémanique.

Niez-vous l’apport des sociétés étrangères, notamment en termes de création d’emploi?

Au final, la classe moyenne a surtout l’impression d’avoir plus de concurrence au travail, davantage de difficulté à trouver un logement, et un salaire qui n’augmente pas. Et de fait, son pouvoir d’achat a baissé. Nous allons baser notre campagne de cet automne sur ce combat. Mais soyons clairs, je n’attaque pas la croissance, mais la répartition du fruit de la croissance.

Dernière question, les Verts lancent aujourd’hui (ndlr hier) leur initiative pour la sortie du nucléaire. Qui va tirer le bénéfice électoral de la catastrophe au Japon? 

Ca m’est assez égal. La question déterminante est de réunir une majorité pour une décision de principe sur la sortie du nucléaire. On pourra ensuite toujours débattre des concepts ou de l’agenda. La droite veut gagner du temps, laisser l’opinion publique se calmer et espère remettre ensuite en marche la machine nucléaire. L’urgence est donc de convaincre au-delà de nos rangs et non de savoir qui est le plus beau.      

 

La presse :

 

Vous sentez-vous maltraité par la presse?

Pas personnellement. Le principal problème qui m’occupe actuellement c’est un anglage excessif des articles dans les médias. L’équilibre entre le compte-rendu de la vie politique, du débat entre les partis et le gouvernement et la recherche de sujets originaux ou exclusifs est en train de basculer en faveur du deuxième. Et cela m’ennuie car il y a le risque de ne plus informer le lecteur correctement, de ne plus lui faire savoir ce qui se passe réellement.

L’un des phénomènes de ces anglages, c’est la personnalisation. Jusqu’où êtes-vous prêts à aller?

Je ne fais pas de people. Je veux bien faire le clown pour une photo, mais je ne veux pas exposer ma famille, ni mes enfants. J’ai une séparation très stricte entre ma vie professionnelle et ma vie privée. Je tiens à la protection de ma vie privée. J’ai trois petits enfants et c’est normal. 

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