Le Conseil fédéral et la violence des armes
Le gouvernement a lancé hier sa campagne contre l’initiative « Pour la protection face à la violence des armes ». Pour indiquer notamment que la majorité du Conseil fédéral était d’avis que la législation actuelle était amplement suffisante. Une prise de position pour le moins paradoxale dans la mesure où les conséquences de la politique menée jusqu’ici en la matière sont gravissimes.
Cette constatation n’est pas une construction ou un phantasme des seuls des initiant-e-s. Le Conseil fédéral, lui-même, en fait abondamment état dans son message aux Chambres fédérales. Il est d’ailleurs assez étonnant que le gouvernement persiste à considérer la tradition du maintien de l’arme militaire à domicile plus importante que la restriction de l’accès aux armes à feu et donc de la protection de leurs victimes potentielles. Notamment parce que son message aux Chambres fédérales sur l’initiative est particulièrement clair à ce sujet.
Au fil de ce texte, le Conseil fédéral, volontairement ou non, souligne ainsi – noir sur blanc - au moins trois raisons de voter OUI le 13 février prochain:
- Diminution du nombre de suicides : « Ce qui est certain, c’est qu’une limitation de la disponibilité des armes à feu contribue à la diminution des taux de suicide. Dans les pays qui, au cours des deux dernières décennies, ont réussi à restreindre l’accès aux armes à feu (comme par ex. le Canada, l’Australie, l’Ecosse, l’Angleterre et le Pays de Galles), non seulement le nombre de suicides par arme à feu a diminué, mais aussi le taux de suicide en général. Il est en effet prouvé que les instruments ou méthodes de suicide ne sont pas interchangeables ».
- Moins de drames familiaux : « Des recherches portant sur les cas d’homicides à la chaîne avec suicide final laissent entendre que la disponibilité d’une arme à feu joue un rôle décisif: le meurtre synchrone de plusieurs personnes se concluant par un suicide est grandement facilité par la disponibilité d’armes à feu. (…). Limiter l’accès aux armes à feu est une mesure cruciale, spécialement probante dans le domaine de la prévention de la violence domestique grave. Cela permet par ailleurs de réduire les actes de menace et d’intimidation ».
- Moins de meurtres, moins de violence domestique : « La disponibilité des armes à feu dans les foyers a un impact considérable dans le domaine de la violence domestique. Une étude de l’Office fédéral de la statistique (OFS) concernant les homicides et tentatives d’homicide perpétrés en Suisse entre 2000 et 2004 et enregistrés par la police montre que 45 % des 1067 victimes d’homicides et de tentatives d’homicides ont été victimes de violence domestique et que l’importance des lésions dépend de l’arme employée. Les agressions avec armes à feu enregistrées par la police sont plus souvent mortelles que celles réalisées par d’autres moyens. Les armes à feu ne sont pas le moyen le plus fréquemment utilisé mais le plus efficace et le plus dangereux. Souvent, les armes à feu représentent aussi des objets de menace envers les femmes et les enfants. (…) On peut s’attendre à ce qu’un accès limité se traduise par la réduction et la prévention de la violence domestique ».
Difficile de décrire plus clairement les buts de l’initiative « Pour la protection face à la violence des armes ». Une fois encore, le texte a pour principal objectif de réduire le nombre de suicides, de meurtres et de tragédies familiales dans notre pays. Le prix à payer est plus qu’abordable: il suffit de sortir les armes militaires des placards pour les confiner dans des locaux sécurisés de l’armée, de créer un registre national des armes à feux tout en introduisant une définition plus stricte du permis de port d’arme. Des mesures autrement plus décisives, à notre sens, que la «tradition» du soldat suisse et de son arme à la maison.

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