Gel urgent des avoirs de l’ex-président tunisien Ben Ali

Le PS Suisse a exigé dimanche dernier du Conseil fédéral qu’il bloque, sans délai, tous les avoirs qui pourraient se trouver en Suisse et qui ont été détournés par l’ex-président tunisien Ben Ali et ses proches au détriment du peuple tunisien, amassant ainsi une fortune colossale, sans commune mesure avec son salaire présidentiel. Une telle demande à été formellement déposée par les 2 cosignataires du présent article dans le cadre de la séance de la Commission de politique extérieure du Conseil des Etats qui a siégé hier et aujourd’hui.

Rappelons que le PS n’est pas le seul à exiger un tel blocage puisque l’Association des Tunisiennes et Tunisiens de Suisse a également demandé une telle mesure provisionnelle afin d’éviter que ces éventuels avoirs en Suisse « ne disparaissent au détriment de son  légitime propriétaire qui est la République tunisienne  ». Au moment où la France – dont l’attitude plus qu’ambiguë à l’égard du président déchu jusqu’à sa fuite a pourtant donné lieu à des critiques acerbes – signale sa disponibilité à bloquer les avoirs immobiliers du clan Ben Ali qui se trouvent sur son territoire, il serait incompréhensible que notre pays n’intervienne pas sur les avoirs éventuellement déposés dans les coffres de nos banques par les membres de ce même clan ainsi que sur leurs avoirs immobiliers.

Il serait, en effet, extrêmement choquant que le clan Ben Ali, qui a institutionnalisé la corruption et le racket, puisse récupérer ces avoirs éventuels qui proviennent de délits commis dans l’exercice de fonctions publiques, qu’il s’agisse de vols, d’abus de confiance ou de détournements de fonds publics et privés.

Le Conseil fédéral a entendu cet appel très clair et nous comptons sur lui pour prendre, ces prochaines heures, les mesures qui s’imposent afin d’éviter que ces avoirs ne s’envolent pour des pays moins regardants sur la provenance de l’argent placés chez eux.

L’Exécutif fédéral en a la compétence constitutionnelle selon l’article 184 al. 3 qui lui permet de prendre des mesures : «  pour la sauvegarde des intérêts du pays »  , disposition qu’il a déjà utilisée ces dernières années s’agissant des fonds Mobutu ou Duvalier.

Or, dans le cas présent, la sauvegarde des intérêts de la Suisse coïncide totalement avec celle des intérêts de la population tunisienne qui, par sa ténacité et son courage, a réussi à mettre fin à 23 années de dictature ! Un certain nombre de Tunisiennes et Tunisiens l’ont d’ailleurs payé de leur vie. Le courage dont nous devons faire preuve à notre tour est un hommage à toutes celles et ceux qui se sont battus pour la démocratie.

La question est avant tout politique et le Conseil fédéral doit clairement et rapidement montrer que la Suisse, qui aura bientôt une loi exemplaire en la matière, n’est définitivement pas le réceptacle des avoirs illégaux des ex-potentats de cette planète. Il en va de la réputation de notre pays et de la cohérence entre notre volonté affichée de promouvoir la démocratie et les droits humains de par le monde et nos actes.

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