Elections fédérales: le succès au rendez-vous
Enfin. Il aura fallu attendre deux jours pour disposer des données définitives relatives du 1er tour des élections fédérales. On peut, dès lors, espérer que des chiffres erronés et autres estimations fantaisistes cessent de circuler. En particulier à propos du PS dont il est temps de tirer un premier bilan des résultats.
- Des succès majeurs au Conseil national : le PS est le seul des cinq principaux partis helvétiques à remporter des sièges supplémentaires, Et il n’y a pas photo. Pour un mandat perdu (de justesse) au Tessin, le PS en a conquis cinq dans les cantons de Vaud (2), Fribourg, Valais et Soleure. La perte du siège glaronnais complaisamment soulignée par la plupart des récapitulations remonte en fait à 2009 lors d’une élection complémentaire qui avait vu la victoire du PBD. Ce dimanche, la députation socialiste au Conseil national est donc bien passée de 42 à 46 membres, la plus importante progression depuis 1995.
- Idem au Conseil des États : le PS enregistre également des succès réjouissants au Conseil des Etats: 7 de ses 8 représentant-e-s sortant-e-s ont ainsi été élu-e-s au 1er tour. Du jamais vu dans l’histoire du parti, ce d’autant plus que l’opposition était souvent aussi multiple que d’envergure. Par ailleurs, la conquête, par Pascale Bruderer, d’un des deux mandats argoviens au 1er tour est tout simplement historique tandis que les autres candidat-e-s socialistes en lice pour le 2ème tour disposent encore de bonne chances de passer la rampe, que ce soit dans le canton de Vaud, bien sûr, mais aussi dans ceux de Berne, du Tessin, voire de St-Gall.
- La droite affaiblie : les médias se focalisent actuellement sur le renforcement du centre qui s’est effectivement raffermi le week-end dernier. Reste que, dans la mesure où le centre ne saurait – à lui seul – constituer des majorités, une autre conséquence du scrutin est politiquement beaucoup plus significative, à savoir l’affaiblissement de la droite. A eux deux, UDC et PLR ont perdu13 sièges tandis que le PS et les Verts n’en ont perdu qu’un si l’on additionne leurs résultats. L’équilibre droite-gauche penche dès lors en faveur de cette dernière.
- Des alliances progressistes sont possibles : « en Suisse, peu d’épiphénomènes politiques sont aussi surestimés que celui des alliances contre nature ». Telle est la conclusion d’une étude des coalitions de la dernière législature signée par les politologues Michael Hermann et Bruno Jeitziner. PS et UDC ont ainsi voté différemment lors de 97% (!) de toutes les votations des Chambres fédérales. Dans 97% des cas, le centre s’est ainsi allié au pôle de gauche ou - nettement plus fréquemment - à celui de droite pour faire pencher la balance. En raison de l‘affaiblissement de la droite évoqué ci-dessus, il est à espérer que cette tendance s’inverse lors de la prochaine législature.
- Un recul relatif en % : en subissant une érosion de 0,8%, le PS a nettement moins reculé que les quatre autres principaux partis (PLR, PDC, UDC et Verts). Cette érosion est par ailleurs loin d’être uniforme : le PS a progressé ou reculé en Suisse alémanique comme en Suisse romande. En Suisse alémanique, le PS a progressé à St-Gall, en Thurgovie, en Argovie et à Schwyz, mais reculé dans les cantons de Berne, Bâle-Ville et des Grisons. En Suisse romande, les socialistes ont progressé dans les cantons de Vaud et de Fribourg, mais reculé dans ceux de Neuchâtel et du Jura. Avec, pour résultat, de combler quelque peu son déficit à l’égard de l’UDC et de creuser l’écart avec le PLR.
- Un surcroît de confiance : quand deux nouvelles formations situées au centre de l’échiquier politiques recueillent chacune près de 10% des suffrages, un recul limité prend des allures de succès. Au début de la campagne électorale, personne ou presque n’aurait parié que le PS s’en sortirait mieux que l’UDC, le PLR, le PDC ou les Verts. Le PS a incontestablement retrouvé la confiance des électrices et des électeurs, et ce notamment pour trois raisons. Premièrement, ces derniers mois, le PS a très rapidement identifié les principaux problèmes posés à la Suisse. Dans la foulée, il a non seulement pris très clairement position, mais aussi proposé immédiatement des solutions aussi concrètes que constructives. Deuxièmement, le PS a été très présent sur le terrain, notamment grâce à ses initiatives populaires. Enfin, le message socialiste « Pour tous, sans privilèges » était sans nul doute le plus adapté aux réalités suisses du quotidien.
- De fortes personnalités : aucun des parlementaires socialistes sortants n’a été recalé. Et aucun des principaux partis ne peut en dire autant. C’est grandement révélateur de la confiance accordée par la population aux représentant-e-s du PS. Dans le même temps, la députation socialiste va accueillir plusieurs nouveaux visages. Aux côtés de personnalités expérimentées et blanchies sous le harnais, la relève brûle de faire ses preuves. Avec le futur benjamin du Conseil national Matthias Reynard, Cédric Wermuth, Valérie Piller et – très vraisemblablement - Jean-Christophe Schwaab, le Groupe socialiste des Chambres fédérales comptera quatre nouvelles personnes de moins de 35 ans. Le PS a également étoffé sa représentation féminine et – avec 45% de femmes – présente une députation presque paritaire.
Voilà pour un premier bilan auquel - bien entendu – une analyse plus détaillée devra faire suite ces prochaines semaines. Objectif : tirer tous les enseignements de la campagne comme du scrutin afin de faire en sorte que le PS puisse toujours mener une politique dans l’intérêt de l’ensemble de la population et s’élever contre les privilèges accordés à une minorité aisée. Dans cette perspective, nul doute que le résultat des élections fédérales de 2011 constitue un excellent point de départ.

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