Des milliards en catimini ? Sans nous !

Les dés sont jetés: le Parlement a décidé que le budget de l’armée devait désormais dépasser les 5 milliards. Et que la Suisse devait s’équiper de nouveaux avions de combat pour plusieurs milliards supplémentaires. S’agissant de cette acquisition, la droite est en outre parvenue à ses fins, à savoir empêcher la population d’avoir son mot à dire. Une décision aussi incompréhensible qu’irresponsable dans la mesure où la majorité du Parlement revient sur ses promesses, tait les conséquences potentielles de cette dépense et saborde notre démocratie. Pour sa part, le PS mettra tout en œuvre pour que les citoyennes et citoyens puissent – in fine – donner leur avis.

Premièrement, cette décision trahit tous les engagements précédents des partis de droite. Ainsi, dans son plus récent papier de position sur l’armée (août 2007), le PLR exigeait ainsi que soit mise à disposition de l’armée « une manne financière qui devrait atteindre une moyenne annuelle d’environ 4 milliards de francs suisses ». Dans un document identique (novembre 2009), l’UDC considérait, pour sa part que « la juste ampleur des montants nécessaires à l’armée ne saurait être déterminée en fonction de la liste de vœux des militaires », mais que ces derniers étaient, au contraire, « tenus de remplir leur mission avec les montants à disposition (environ 4 milliards) ». Même analyse pour le PDC qui, en septembre 2010, estimait que la Confédération, à moyen terme, devait mettre 4 milliards de francs à disposition pour financer la défense du pays. Une position confirmée en début d’année dans le cadre de sa plate-forme électorale.

Deuxièmement et à moins d’un mois des élections fédérales, la droite évite soigneusement d’évoquer les conséquences potentielles de cette décision. Elles relèvent pourtant de l’évidence: il faudra bien trouver quelque part, soit dans d’autres domaines d’intervention de l’État, les milliards supplémentaires pour acquérir ces nouveaux avions. Révélée cet été par la presse alémanique, une note interne à la Confédération était sans équivoque: les économies frapperont en premier lieu la formation, les transports ou l’aide au développement. Le Département fédéral des finances l’a d’ailleurs confirmé hier soir: des coupes seront inévitables. En d’autres termes, on allouera des milliards de francs à l’achat d’avions de combat plutôt que de les investir dans la formation. Pour acquérir des appareils dont l’utilité, sous l’angle de la politique de sécurité, est tout sauf démontrée, on réduira l’offre en matière de transports publics ou les prestations des assurances sociales.

Troisièmement, les partis de droite se refusent catégoriquement à demander l’avis de la population. Ainsi, des formations qui n’aiment rien tant qu’à se considérer « populaires » ne souhaitent pas consulter le corps électoral sur un investissement de cette ampleur. Toutes les propositions du PS visant à le soumettre au référendum facultatif ont été proprement balayées. C’est non seulement contraire à notre conception de la démocratie, mais aussi particulièrement révélateur de la crainte qu’entretiennent le PDC, le PLR et l’UDC à l’égard du résultat potentiel d’une votation sur l’acquisition de nouveaux avions de combat. Et si cette crainte est pour le moins compréhensible, la procédure retenue ne l’est pas du tout.

En résumé, on va donc dépenser des milliards pour alimenter les fantasmes de quelques hauts gradés tout en procédant au démantèlement de l’action publique en faveur de la formation, des transports ou des assurances sociales. Et ce, sans qu’à aucun moment, le peuple suisse ne soit en mesure de donner son avis. Le PS ne prêtera pas la main à ce scandale, lui qui avait été le premier à indiquer qu’il lancerait un référendum si cela était possible. Si cela ne l’est pas, d’autres moyens doivent être mis en œuvre pour que la population puisse se prononcer, coûte que coûte. Ce samedi à Bienne, la direction du parti proposera donc à l’Assemblée des délégué-e-s du PS Suisse de donner son feu vert à une procédure d'évaluation de ces moyens pouvant aller, par exemple, jusqu'au lancement d’une initiative populaire.

Pétition « Le peuple doit se prononcer sur l’acquisition de nouveaux avions de combat ! »

Commentaires

Avions

En même temps 5 milliards pour des avions amortis sur 30 ans sa fait 160 millions de francs par an donc c'est pas vraiment justifié de faire un référendum pour une aussi petite somme. Et les 5 milliards c'est en cas d'achat des rafales qui ont très peu de chance les Gripen sont moitié prix. Donc sa coutera environ 100 millions par année. Par contre la sortie du nucléaire qui coutera bien plus cher n'est pas passé devant le peuple...

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