68 milliards de plus ?

Décidément, l’histoire se répète. Avec l’établissement franco-belge Dexia, une nouvelle banque va être sauvée par les pouvoirs publics. 95 milliards d’Euros d’actifs toxiques doivent ainsi être mis à l’ombre dans ce qu’il est coutume de dénommer une « bad bank ». Voilà qui nous ramène à 2008, à la crainte d’une faillite bancaire globale et au débat sur la prise de risques exagérée comme sur le volume trop restreint des fonds propres. En Suisse aussi puisque, d’après une récente étude de l’institut CreditSights, en matière de capital-propre, Dexia n’est pas forcément beaucoup moins bien lotie que les deux plus grandes banques suisses. C’est pour le moins inquiétant et suscite pas mal de questions. Des questions dont, selon la presse alémanique, se préoccupe un Comité de crise mis sur pied conjointement par la Confédération et la BNS. Sans pour autant publier ses réflexions.

2008 est encore dans toutes les mémoires. Partout dans le monde, des banques ont dû se résoudre à faire appel aux fonds publics pour échapper au pire. En Suisse, dans le cadre d’une action subreptice, sans la moindre caution démocratique, il a fallu dégager, du jour au lendemain, 68 milliards de francs pour renflouer l’UBS dans l’urgence. Le PS a alors immédiatement exigé que des conditions soient posées à cette injection d’argent public, partant du principe qu’il n’était pas envisageable que l‘État se borne à payer les factures sans un mot à dire sur la stratégie menée par la banque. Mais aussi que tout devait être mis en œuvre pour éviter qu’un tel sauvetage ne doive se répéter.

A l’époque, les partis de droite ont rejeté ces conditions. Depuis et malgré la résistance acharnée trois ans durant des établissements concernés, les Chambres fédérales ont finalement accepté, lors de leur dernière session d’automne, d’introduire dans la loi des prescriptions plus strictes en matière de fonds propres. Il a fallu cependant très vite se rendre à l’évidence : si la Suisse entend véritablement se libérer de sa dépendance à l’égard de ses grandes banques, ces mesures ne peuvent constituer qu’un début et doivent être suivies d’autres. Aujourd’hui, celles-ci pourraient bien devoir s’imposer plus rapidement encore dans la mesure où il apparaît toujours plus clairement que, plus de trois ans après la crise précédente, les grandes banques helvétiques ne sont pas prêtes à faire face à une nouvelle secousse.   

Dans toute l’Europe sonne le tocsin. Le ministre allemand des finances met en garde contre une nouvelle crise bancaire globale, à l’instar du directeur démissionnaire de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet. De son côté, l’agence de notation Moody’s vient de dévaluer la  note d’une douzaine de banques britanniques tandis que des spécialistes du  Crédit Suisse estiment les pertes potentielles des banques européennes à quelque 213 milliards d’euro. Cela signifie que 23% du total cumulé de leurs fonds propres pourraient partir en fumée. A titre de comparaison, la crise de 2008 leur a coûté environ 184 milliards d’euro. Des chiffres tout de même passablement alarmants.

Les enjeux sont majeurs: quel sera l’impact de cette nouvelle crise sur les banques suisses ? Les contribuables  seront-t-ils à nouveau appelés à la rescousse ? Si, oui, auront-ils leur mot à dire? Des conditions seront-elles fixées à tout nouveau soutien public afin d’éviter que l’histoire ne bégaie encore ? Il faut espérer que le Comité de crise mis sur pied par la Confédération et la BNS planche sur ces questions. Et qu’il ne le fasse pas derrière des portes closes : elles sont d’une telle importance qu’elles requièrent un débat public. Et que le Conseil fédéral prenne rapidement position. L’occasion lui en sera donnée demain à l’issue de sa séance hebdomadaire.

Commentaires

Souhaitez-vous continuer avec la version optimisée pour votre téléphone portable?