2012 ne doit pas être l’année des Gripen
Rarement un dossier n’aura été aussi mal ficelé et surtout si mal géré. L’histoire récente de ce véritable feuilleton à rebondissements débute lors de la session d’automne 2011 des Chambres fédérales. Persuadée de l’importance de conserver une armée de 100.000 hommes et de renouveler une partie de la flotte de nos avions de combat, face aux soi-disant dangers menaçants notre pays, la majorité de droite du Parlement a jugé nécessaire d’augmenter à cinq milliards l’enveloppe annuelle du budget militaire à partir de 2014 et de donner le feu vert au Conseil fédéral pour la procédure d’acquisition de ces fameux avions.
Fin novembre 2011 on a appris que le choix s’était porté sur le Gripen suédois, au grand dame, semble-t-il, de certains experts militaires.
Depuis lors tout s’est emballé : lettre secrète signée d’un mystérieux « Groupement pour une armée crédible et intègre » envoyée à quelques parlementaires et à différents journalistes ; contre-offre « canon » de Dassault pour le Rafale plus performant ; sortie dans la presse de dossiers confidentiels sur l’évaluation 2008-2009 des différents avions en concurrence, avec un Gripen à la traine qualifié d’insatisfaisant…, rapport que le Conseiller fédéral Ueli Maurer semblait ne pas connaître avant de se rétracter ; évaluation finale des avions selon des critères semble-t-il théoriques et hypothétiques, le Gripen promis à la Suisse n’existant pas à ce jour (tous les tests ont été effectués avec le Gripen C/D, alors que la version que la Suisse souhaite acheter est le Gripen E/F).
Et pour couronner le tout, selon la NZZ, Ueli Maurer aurait laissé entendre qu’il avait tenté en vain de lier l’achat d’avions de combat pour l’armée suisse à des contreparties politiques.
Pour tenter de résoudre certains différents fiscaux par exemple ? Rien n’est clair dans ce dossier. Rien. On essaie de nous faire acquérir des avions qui n’existent pas, qui n’ont donc pas pu faire leurs preuves et dont on peut de toute façon légitimement douter de l’utilité.
Mais le pire dans cette histoire, c’est que pour faire aboutir cette mascarade, au nom du frein à l’endettement, les autres départements fédéraux devront se serrer la ceinture pour économiser quelque 800 millions, sur le dos du social, de la culture, de la formation, des transports et j’en passe. C’est inacceptable.
Mais, bonne nouvelle, jour après jour un sentiment de fronde monte peu à peu…
On peut légitimement rêver d’un avenir sans Gripen.

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